Rencontre avec Samba Le Maire, sapelogue star.

Rencontre avec Samba Le Maire, sapelogue star.

Un article tiré du très bon site collaboratif dédié à l’Afrique Centrale : Enfantmystere.com. Un vivier qui a pour but de promouvoir la culture d’Afrique Centrale et plus particulièrement celle du Congo.  

  A 36 ans, Samuel Babingui Samba, alias Samba Le Maire, est un sapelogue qui collectionne les titres. Meilleur sapeur du Congo, par ailleurs président des sapeurs du Congo, meilleur sapeur international et ambassadeur de la paix pour la fédération mondiale de la paix, ce dandy respire, pense et ne vit que par la sape. Portrait d’un destin de zazou ultime.

  « On naît sapeur, on ne le devient pas ».

Démarche assurée, léger dandinement du pas, blazer et pantalon beige sur chemise blanche aux fines rayures bleues, écharpe, cravate et chaussure marron, lunettes de soleil Christian Dior, Samba Le Maire ne passe pas inaperçu.

Dès son entrée dans le resto où je l’attends, toutes les têtes se lèvent. La moue dédaigneuse qu’il arbore se transforme en un sourire charmeur lorsque je vais à sa rencontre. S’il y a des personnes qui se convertissent à la sape avant de se l’approprier, ce n’est pas le cas de notre dandy. 

Issu d’une fratrie de six frères et soeurs, Samba Le Maire, Samuel Babingui Samba de son vrai nom, est un sapeur né. Élevé dans la culture de l’élégance par un père exigeant, luimême sapeur et par ailleurs conseiller vestimentaire du Président Massamba-Débat dans les années 60, il doit son surnom à une de ses parures, notamment à l’écharpe de maire qui ceignait sa taille lors d’un concours où il a été désigné meilleur sapeur du Congo. Au rang de ses distinctions on notera celles, et non des moindres, de meilleur sapeur international et ambassadeur de la paix pour la Fédération mondiale de la paix.

À Talangaï (6ème arrondissement de Brazzaville) où il grandit, il se distingue très vite des autres enfants du quartier. Des vêtements des magasins de l’Ofnacom (Office national du Commerce), aux abacost (costume aux manches coupées) en tergal que leur faisait faire leur père chez le couturier du quartier, Samba Le Maire a eu le temps de peaufiner son style vestimentaire avec ses frères et soeurs.

Ado, il se forge un look plus frais en retaillant les pantalons et les chemises qu’il se procure dans la friperie… «Quand nous étions enfants à la maison, nous étions différents des autres enfants du quartier ; surtout quand nous allions à l’Ecodi (Ecole du dimanche). Et même pendant la période de vaches maigres, après le changement de régime, nous restions soignés. Il y avait des gens riches à l’époque qui ne savaient pas s’habiller alors que nous qui habitions un quartier malfamé, nous savions classer les couleurs avec un oeil aiguisé », racontetil dans un sourire.Contrairement à une opinion très répandue, la sape ne se passait pas qu’à Bacongo (vieux quartiers de Brazza).

À l’école, il ne brille pas tant par son intelligence que par sa mise. Remarqué pour son aspect soigné et sa verve inégalée, il sera désigné comme jeune propagandiste à cette époque où le Congo filait encore le parfait amour avec le communisme. Sa fonction consistait à animer la montée des couleurs.

  « On m’avait surnommé Machocho (le bavard). Pour me distinguer de mes camarades qui arboraient à chaque fois un même foulard autour du cou, je m’en étais fait faire un de trois couleurs auprès d’un tailleur, et que je cachais dans ma poche. À la fin des animations je le brandissais fièrement dans la cour ; tous les élèves m’ovationnait et me faisaient alors un triomphe » racontetil un brin nostalgique. 

Des actes subversifs qui lui ont souvent coûté des renvois scolaires. En terminal, victime de son succès et de son charme ravageur, il ne compte plus le nombre de filles qui se disent enceintes de lui, il est ainsi obligé de quitter l’école.

Dans le quartier, il commence à initier d’autres jeunes à l’art de l’habillement.Impressionné par les allures, dandinement de ces personnes élégantes autrement appelé marche canard dans les années 80, il commence véritablement son initiation dans des booms. Les booms sont ces soirées dansantes où il faisait le nguembo (la chauvesouris en kituba Ndlr), terme consacré aux mécréants qui restent souvent béats devant les sapeurs.

Il buvait avidement les paroles de ses aînés et regardait avec envie leur bombatcho, pantalon qui se portait à l’époque sur le torse ou leurs complets en lin avec leurs foulards attachés autour du cou, le chic de l’élégance d’antan.

Si aujourd’hui la sape est une question d’élégance, de réglage de couleur, à cette époque elle était plutôt surtout une question de tchatche que les anciens appelaient Boude. La Boude ou culture de la joute verbale consistait à bouder l’autre sapeur. Ce n’était pas tant celui qui était le mieux habillé que celui qui lançait des phrases bien placées agrémentées de quelques phases (allures) et grimaces qui se distinguaient.

Un début de phrase de Rapha Boundzéki, chantre de la sape congolais, est d’ailleurs resté d’anthologie : « Euh, je boude… ». Aujourd’hui ce sont les sapeurs de Bacongo qui sont restés tributaires de cet héritage. 

 

Bien qu’il y ait une définition standard de la Sape (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), elle est avant tout , pour la plupart de ses adeptes, un état d’esprit qui vise le bienêtre de la personne. « C’est une religion de la nonviolence », nous livre cet adepte du vêtement. « Plus qu’une culture, c’est une nature, on naît avec, elle s’impose à l’homme dès la naissance », poursuit-il, philosophe. A la base, tout le monde serait sapeur, mais pas sapelogue, dixit notre zazou.

Le concept de sapelogie fait allusion au savoir qu’acquiert un sapeur sur la règle des couleurs. En effet, la couleur est au centre de cet art divin ; d’où cette théorie sur la règle des trois couleurs que tout bon sapeur devrait respecter. « La sape c’est la règle des trois couleurs », explique Samba Le Maire.

« Dans la nature, on a souvent trois éléments : le ciel, la terre et l’eau ; dans religion : le Père, le Fils et le SaintEsprit ; de toutes les couleurs de l’arcenciel, on n’en perçoit que trois principalement », développetil pédagogue. « La règle de trois couleurs permet à la personne en face de vous de mieux vous cerner en définissant vos codes couleurs, parce qu’il y a des couleurs qui frappent, qui unissent et qui repoussent l’homme » conclutil psychologue.

Etre sapeur c’est avant tout être artiste. Leur lexique, les dix commandements, la prière de la sape, sont autant d’oeuvres de l’esprit qui en disent long sur leur inspiration.

Source: http://www.novaplanet.com/novamag/5139/le-meilleur-sapeur-du-monde?page=13

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Adrien H. Tillmann

Guzzo - "The wall" project - Subagora

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